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Alors que les perturbations météo se font plus rares, voici que les températures remontent en flèche ! Il était donc plus que temps d’en profiter pour réaliser quelques belles courses de neige encore en excellentes conditions. En ces temps « troublés » pour l’alpinisme chamoniard, privé des facilités qu’offrent le téléphérique de l’Aiguille du Midi et le tunnel du Mont Blanc, il semblait évident que nous ne serions pas seuls à Argentière, voire que nous y croiserions quelques visages connus.

 Rigoureux sur les horaires, nous prenons la première benne des Grands Montets à 7h30 samedi matin avec Jean-Christophe. Arrivés au terminus à quelque 3300m d’altitude, nous profitons de la vue splendide : les Drus dans l’ombre de la Verte qui semble si proche, le Chardonnet et bien sûr notre objectif du week-end, l’Aiguille d’Argentière. Préparation rapide, encordement à 20m pour descendre le glacier des rognons, et c’est parti…ou presque ! Faux départ, je fais un petit crochet pour saluer Anaïs, Ju, Thibaut et son cousin fraîchement débarqués de la deuxième benne. Nous échangeons sur nos ambitions respectives. Eux aussi dorment au refuge ce soir, et visent le couloir en Y le lendemain.

Cette fois-ci c’est parti. Nous descendons le glacier des rognons en serrant un peu plus à gauche que la descente classique en hiver. Nous trouvons un bon passage assez direct évitant un maximum les crevasses. Vu du bas, nous constatons que nous aurions pu optimiser encore davantage, mais observons d’autres cordées parties très à droites errer puis rebrousser chemin au milieu des séracs et des crevasses au pied de l’Aiguille Verte.

La descente du glacier des rognons :

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L'objectif du we : l'Aiguille d'Argentière !

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Comme toujours, la randonnée glaciaire qui mène au refuge d’Argentière est magique, au pied des grandes faces nord et face à la muraille de rocher dominée par le Mont Dolent qui vient fermer le cirque glaciaire, le tout sous un soleil radieux. L’accueil de Fred et Béa au refuge d’Argentière est exceptionnel tant par leur gentillesse que par leurs bons conseils. Si seulement tous les refuges pouvaient se mettre au diapason ! On est loin de l’usine à touristes et pourtant le samedi soir affiche complet. Le temps de poser quelques affaires et nous voilà en route vers le pied de l’Aiguille du Refuge pour parcourir la voie « le Gâteau de Riz », une belle voie classique de 1975. Autant dire un bon cru.

Arrivés au pied de la voie, nous constatons que la cordée de 3 personnes présente depuis plus de 10 minutes n’est toujours pas partie ! Damned, ça va bouchonner. En fait il s’agit d’une cordée fort sympathique du CAF de St Etienne, eux aussi réduits par la force des choses à une « Sortie Collective à Effectif Réduit » (SCER, vous noterez pour mes prochain comptes rendus !). Si cela occasionnera effectivement des ralentissements, cela nous donnera l’occasion de faire connaissance et de bavarder durant toute l’ascension. On a le temps, il fait beau, alors on ne se prend pas la tête. Concernant la grimpe à proprement parler, j’ai pris le parti de parcourir cette voie en grosses chaussures compte tenu des difficultés modérées, ce qui nécessite parfois un grattonage délicat mais intéressant. La voie est assez exceptionnelle par sa variété, entre fissures extérieures, dalles, cheminées, et même un parcours d’arête aérien ! La qualité du rocher n’est pas en reste, offrant un granit orange absolument magnifique. A noter quelques passages dans lesquels il faut allègrement « ramoner » dans la plus pure tradition de l’alpinisme à l’ancienne… on aime ou on aime pas, disons simplement que certains passages sont assez malcommodes avec un sac à dos et un jeu de friends au baudrier.

 

1ère longueur en 4c sympa :

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On prend de la hauteur :

 

Les Stéphanois à l'assaut de la dernière longueur en fissure :

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Le relais sommital est commun à plusieurs voies d’escalade venues de la droite. Inévitablement, nouveau bouchon et je me retrouve bloqué 5m sous le relais…à hauteur d’Alexis, encadrant alpinisme et escalade du club, qui grimpe avec Georges. Quelques conneries échangées dans la bonne humeur, on se marche joyeusement sur les pieds tout en prenant des photos tous entassés sur notre relais avant que chacun ne tire les rappels de son côté : nous avons choisi la descente à pied, mais pour cela nous devons tirer un rappel de 25m sur l’autre versant qui nous dépose dans une gorge. Changement d’ambiance, on se retrouve tout seuls. Un couloir attire l’œil, mais le topo parle d’une traversée horizontale : c’est raide, aérien, limite déversant. Ça paraît bizarre. Je repère des pieds, quelques prises de main en inversé, on fait confiance au topo, c’est parti. Incroyable, cette « porte dérobée » improbable donne accès à un cheminement horizontal magnifique. Pas de véritable vire comme je me l’étais imaginé, ce sont de petites plateformes entrecoupées de traversées ou il faut grimper et protéger. Il y a du gaz, c’est facile, c’est en excellent rocher et c’est pile en face de l’imposante face nord des Droites : le rêve de l’alpinisme en somme. Le couloir de descente est plus délicat. On cherche son chemin en visant les îlots rocheux qui paraissent solides parmi des piles d’assiettes. On traverse la moitié des alpes françaises en l’espace d’une centaine de mètres : On a le rocher de Chamonix à la montée, et le rocher des Ecrins pour la descente !

 

A mon arrivée au relais sommital, Alex m'accueille sous les flashs ! Quand on vient de sortir un modeste 4c, c'est pas tous les jours !

 

De retour au refuge en fin d‘après-midi, nous avons le plaisir de retrouver nos amis Stéphanois ainsi que les copains Annéciens précédemment cités. Autour d’une bonne bière que seul un refuge de haute montagne permet d’apprécier (1664 en canette… mais fraîche, ce n’est pas le cas partout!), on échange sur nos objectifs respectifs du lendemain. Pour notre cordée, je suis pour monter à l’aiguille d’Argentière par l’arête de Flèche Rousse, belle  course mixte cotée AD. Jean-Christophe me fait part de son hésitation : il manque de repères dans ce niveau de difficultés et la météo annoncée est mitigée. Pas de stress, on se rabat sur la classique du coin, la voie normale par le glacier du milieu. L’ambiance à table est détendue, et les cordées arrivent tout au long de la soirée. Les gens sont sympas et les bavardages vont bon train, nous partageons la table avec des grimpeurs suisses, et un pompier de Paris accompagné de son fils.

Le soir tombe sur le bassin d'Argentière

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Réveil à 4h, les cordées plus ambitieuses que nous ont déjà levé le camp tandis que les cordées de grimpeurs dorment encore. Nous avalons le petit déjeuner et effectuons l’approche tout seuls, incroyable pour une classique de Chamonix un beau week-end de fin juin ! L’alpi, c’est fini…

Quelques névés nous permettent d'avancer rapidement

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Nous ne boudons pas notre plaisir et avançons rapidement de nuit jusque sous la langue du glacier. Nous rejoignons alors une cordée de sympathiques Espagnols qui ont bivouaqué un peu plus bas. Ils sont à Chamonix pour la semaine avec comme but ultime…le Mont Blanc bien sûr ! Face aux Droites et à la Verte, on peut voir les lampes des alpinistes engagés dans le couloir Couturier. La remontée du glacier est belle, pris entre deux murailles parcourues par l’arête Charlet-Straton rive droite et l’arête du jardin rive gauche (donc Charlet-Straton à gauche en montant et vice-versa pour ceux qui maîtrisent le sens orographique !). Nous espérons y voir les frontales d’Alex et Georges mais le jour se lève, les frontales s’éteignent.

Le jour se lève. Nuages lenticulaires sur les Droites et la Verte

 

La pente finale se dévoile enfin