Compte-rendus

Compte-rendus des sorties

20180812 093253Si les chutes de pierres et de séracs ont malheureusement émaillé la saison d’alpinisme côté français, les conditions dans le Valais Suisse demeurent quant à elles excellentes !

Cela a permis à 4 membres du club de vivre leur premier sommet à 4000 en alpinisme le 12 août dernier, l’Allalinhorn (4027m) par l’itinéraire de la Hohlaubgrat (Difficulté : PD+ / arête de neige et escalade en rocher).

Une semaine plus tôt, je partais avec Thibaut, issu du Groupe Jeune, gravir un autre 4000 du Valais : la Dent Blanche (4357m) par l’arête Sud, une course sérieuse et parmi les plus belles des Alpes dans ce niveau de difficulté (Difficulté : AD / arête de neige et escalade en mixte glace, neige et rocher).

En ce début août, le club compte ainsi 5 nouveaux détenteurs de 4000 ravis de cette belle expérience en haute montagne !

L’idée m’était venue début juillet lors du joli raid Chamonix-Zermatt au cours duquel le beau temps ne nous a pas quittés. J’ai pu contempler la massive et superbe Dent Blanche (4357m) qui me paraît alors en excellentes conditions. Aucune info ne filtre sur internet en ce début du mois d’août, les derniers comptes rendus datent alors de 2017. Entre-temps, c’est en initiateur rigoureux que je me suis chargé d’entretenir mon acclimatation… en passant 15 jours de vacances au bord de la mer ! Je me cale néanmoins avec Thibaut, en excellente condition physique, qui a loupé à son grand regret la dernière sortie au Mont Viso. A noter que Thibaut est issu du Groupe Jeune Alpinistes du club, et suit à ce titre les sorties et formations menées par Matthieu Dagand et plusieurs Guides de Hautes Montagne. Il est très motivé pour m’accompagner sur cette superbe mais grande course. A peine déplié les bagages, je troque donc serviettes et maillot de bain contre doudoune et crampons et c’est parti pour le Valais !

Le récit de cette ascension ne fera pas partie de ce compte rendu, n’étant pas à proprement parler une sortie club. Disons simplement que les conditions et le déroulement de cette longue course furent excellentes en tout point ! L’arrivée au sommet, ou pourrait-on dire en plein ciel, constitue un grand moment. Attention, comme toujours c’est la descente qu’il convient de réussir proprement car le terrain est technique et le vide omniprésent dans les immenses faces de part et d’autre de l’arête.

Revenons-en à la sortie club proposée en ce week-end du 11-12 août. Le bon créneau météo est court, les températures relativement élevées, mais la fenêtre semble suffisamment bonne. C’est un excellent groupe de 5 alpinistes que nous constituons, avec Natacha, Malika, Nicolas et enfin Jean-Christophe qui poursuit sa belle progression au fil de la saison.

Le spectacle à l’arrivée au parking est envoûtant et irréel. De droite à gauche, les monstres de neige et de roc nous surplombent : au-dessus de nos têtes, la Lenzspitze (4294m), le Dom des Mischabels (4545m), le Täschhorn (4491m), l’Alphubel (4206m) et l’Allalinhorn (4027m). Derrière nous, le Weissmies (4017m), le Lagginhorn (4010m) et le Fletschorn (3985m). Devant nous, les camions des équipes nationales de ski plusieurs nations d’Europe, des terrains de tennis, et des hôtels 5 étoiles dont les petits véhicules électriques transportent les bagages des touristes fortunés depuis le parking jusqu’à l’entrée des hôtels. La Suisse, paysage de contrastes saisissants où se côtoient la puissance de la nature et l’argent roi.

 

La vue au parking est écrasante. L'Allalinhorn est la bosse de neige tout à gauche.

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Le refuge Britannia est construit à 3030m d’altitude, et remonter à pied dans les cailloux sous les câbles du téléphérique ne m’enchante guère. Nous allons donc faire entorse à l’alpinisme « classique » et prendre la remontée de Felskinn qui diminue singulièrement les efforts à la montée et nous autorise un départ tranquille d’Annecy le samedi matin. Il faut dire que la semaine précédente avec Thibaut, nulle remontée mécanique dans le Val d’Hérens, nous avons monté (et descendu) 1700m de dénivelé avec les gros sacs rien que pour atteindre le refuge ! Mon goût pour ce genre d’exercice n’étant pas illimité, le téléphérique tombe à point nommé. Cela tombe d’autant mieux que les membres du groupe ont eux aussi profité de vacances au bord de l’eau et n’ont pas eu l’occasion de s’acclimater à la haute altitude ces dernières semaines. L’après-midi et la nuit passés à 3000 seront tout à fait suffisants au vu de la très bonne condition physique des uns et des autres.

Sur la plateforme d’arrivée du téléphérique, force est de constater qu’ici aussi les glaciers souffrent de la chaleur, au point de compromettre l’itinéraire de descente pour regagner la benne ! Il faudra donc improviser. Nous parcourons sans encombre le chemin qui relie l’arrivée du téléphérique de Felskinn à la Britanniahütte en une petite heure. Pas d’orage à l’horizon, il fait grand beau sur le Valais ! Cela nous permet de profiter pleinement en terrasse du paysage exceptionnel qu’offre la cabane : les magnifiques Strahlhorn (4190m) et Rimpfischorn (4199m) que nous tâcheront de réaliser à ski l’hiver prochain apparaissent sous nos yeux, mais également l’Allalinhorn et sa fameuse arête Est également appelée Hohlaubgrat, au menu de ce week-end. Tel que je l’avais espéré, l’ambiance redevient plus conforme à ce que l’on aime en haute montagne : les remontées mécaniques, les touristes, et autres sportifs aux tenues moulantes et bariolées ont disparu. On contemple alors les immenses langues glaciaires, les parois vertigineuses et les dômes de neige majestueux. De grandes cascades issues de la fonte des glaciers et quelques jeunes bouquetins à l’aisance insolente viennent animer ce paysage grandiose.

La Britanniahütte, notre refuge, est en vue!

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La vue depuis la terrasse est alléchante ! De gauche à droite : Le Strahlhorn (4190m), le Rimpfischorn (4199m) et l'Allalinhorn (4027m).

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Zoom sur notre objectif du lendemain : l'arête Est de l'Allinhorn. Demain nous serons là haut !

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Nous faisons quelques exercices de révision des manips de corde tant que le soleil consent à nous apporter un peu de chaleur puis nous rentrons car la température à l’ombre chute rapidement. Si le refuge est particulièrement confortable, on peut déplorer la nourriture franchement banale pour ne pas dire peu appétissante. Je file repérer l’approche après le repas avant de rejoindre tout le monde pour une courte nuit. Point positif, le personnel est très attentif aux horaires et impose un petit déjeuner à 4h pour notre itinéraire. Une aide gardienne vient même nous tirer du lit à 3h45 ! L’inconvénient est qu’avec le raccourcissement des journées, nous parcourons tout le glacier dans le noir complet.

Chacun se montre efficace malgré le réveil en pleine nuit et nous décollons du refuge à 4h30. Un court sentier nous amène au glacier de Hohlaub. Le ciel est peu nuageux mais la lune ne se montre pas et nous évoluons dans le noir. Rapidement les premières crevasses apparaissent et la pente s’accentue. Nous avançons tranquillement à corde tendue en deux cordées : j’emmène Natacha et Malika tandis que Jean-Christophe et Nicolas évoluent quelques mètres derrière nous sous le leadership de Jean-Christophe.

Nous sommes quasiment les premiers à avoir quitté le refuge. Seule une cordée de deux nous précède, dont je me méfie particulièrement. Il s’agit de deux jeunes « alpinistes » évoluant sans casques, corde molle auquel le second de cordée semble avoir trouvé une solution en marchant souvent avec 1m de mou à la main y compris dans les passages plus raides en glace, matériel mal disposé au baudrier et broches à glaces bien encapuchonnées dans leurs filets et leurs bouchons. La panoplie des parfaits dangers publics en montagne, et malgré mes conseils répétés en Français puis en Anglais rien n’y fera. C’est bien regrettable car malgré les conditions globalement excellentes et les difficultés techniques modérées, il convient d’être vigilant. Il faut franchir crevasses et rimaye pentues avant d’accéder à l’arête proprement dite, et si les passages raides sont courts et bien tracés, ils sont en glace en cette mi-août où le soleil tape fort. Nous devons donc régulièrement faire notre propre trace pour essayer de trouver un peu plus de neige, mais nous devons régulièrement nous résoudre à affronter la glace vive ici et là. Cordes tendues, consignes répétées sur les techniques de cramponnage, concentration de rigueur, et tout le monde s’en sort à merveille. Alors que nous gagnons le fil de l’arête, le soleil fait son apparition. Le dôme de neige de l’Allalinhorn s’illumine soudain de cette couleur rose-orangée unique qui rend la neige si belle aux premiers rayons du soleil. Nous poursuivons notre ascension près du fil de l’arête. Tandis que nous nous élevons, apparaissent à notre droite les sommets majeurs qui égrènent la longue arête rocheuse qui s’étend de l’Alphubel à la Lenspitze en passant le Täschhorn et le Dom des Mischabels, puis à notre gauche le Strahlhorn et le Rimpfischorn. Il fait grand beau et le panorama au sommet promet d’être exceptionnel !

Lever de soleil sur le Weissmies

A notre gauche apparaissent le Strahlhorn et le Rimpfischorn. Entre les deux, les sommets du Mont Rose ! 

 

La pente se radit et nous arrivons sous la barre rocheuse

 

La pente se raidit de nouveau et nous arrivons à la barre rocheuse sur laquelle vient buter l’arête de neige. L’attaque est une courte pente de glace raide sur laquelle il faut prendre pied avant d’escalader le rocher en crampons. Deux courtes longueurs d’une quinzaine de mètres en bon rocher nous amènent au pied du dernier ressaut, que je contourne par la gauche dans du rocher facile et aérien mais de bien piètre qualité ! Conformément au topo, nous contournons un dernier bastion rocheux par la droite sur une arête de neige qui se révèle être en glace et nous atteignons le sommet à 8h45.

Les deux premières longueurs proposent un rocher agréable à grimper (Photo Nico)

 

La suite est en revanche consituée de rochers posés délicats à négocier (Photo Nico)

 

A gauche du dernier bastion rocheux, le Cervin et le Breithorn

 

La belle arête qui mène au sommet et devant nous, tous les sommets du Valais au Mont Blanc

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Happy Summiters !

Le spectacle est à la hauteur de nos attentes : nous voyons autour de nous un nombre incalculable de sommets et les couleurs sont magnifiques. Ils sont tous là : les sommets du Mont Rose et le Cervin si proches, tous les sommets du Valais plus prestigieux les uns que les autres, jusqu’au Mont Blanc et à l’Aiguille Verte. La descente par la voie normale, en excellentes conditions et plus facile, n’en constitue pas moins un excellent exercice de cramponnage pour chacun. Nous pimentons quelque peu l’itinéraire en descendant une pente peu exposée mais très raide au point de la désescalader… avant de constater au détour d’un bourrelet de neige qu’une gigantesque échelle positionnée 10m plus loin venait sécuriser ce passage technique ! Qu’à cela ne tienne, le groupe s’exclame à l’unisson « c’était bien mieux par là que par l’échelle ! ». Un dernier regard sur l’arête parcourue avant d’entamer la descente, et chacun savoure ce premier sommet de plus de 4000m gravi en alpinisme. Natacha, Malika et Nicolas se sont parfaitement débrouillés bien que davantage habitués au ski de rando qu’à l’alpinisme, et Jean-Christophe a très bien mené sa cordée le tout dans une très bonne ambiance. Encore un excellent week-end passé en montagne. Bravo à tous !

Belle ambiance à la descente. En haut à droite de la photo, les minuscules silhouettes des alpinistes sur la voie normale.

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Club Alpin Français d'Annecy
17, rue du Mont Blanc
74000 ANNECY
Tél. 04 50 09 82 09
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Ouvert au public: le mercredi de 15h à 19h, le vendredi de
17h30 à 21h et le samedi de 10h à 12h

 

Le Parking est difficile...

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