Compte-rendus

Matthieu a organisé, comme chaque année, un week-end de cascade de glace pour les alpinistes du Groupe Jeunes. Malgré l’épais manteau neigeux qui s’est déposé sur les Alpes du Nord la veille et l’avant-veille, nous sommes parvenus à partager de bons moments glacés tout en profitant de la chaleur de l’accueil Italien.

Une fois encore, bonne humeur et belles performances ont été au rendez-vous !

Le départ est fixé à 5h45 le samedi, car les conditions s’avèrent délicates : les chutes de neige abondantes limitent le choix des itinéraires et les températures sont relativement douces, il vaut mieux ne pas traîner. Il n’est pas inutile de rappeler que la cascade de glace est une activité dans laquelle le risque d’avalanche est à prendre très au sérieux, car les itinéraires creusés par les cascades sont bien souvent des couloirs de purge dans lesquelles une avalanche ne laisse que peu de chance au grimpeur malchanceux ou trop aventureux.

Nous privilégions donc des itinéraires peu exposés sans pour autant rendre les armes : direction la cascade de Patri, un des must du Val d’Aoste par sa beauté et sa diversité. Au parking de Valnontey, il ne règne pas la traditionnelle agitation des cordées qui s’activent, tant pour oublier le froid mordant que pour arriver ainsi les premiers au pied de la cascade convoitée. Ce samedi matin, nous sommes tous seuls au parking… il va falloir assumer notre choix !

Nous avons le parking de Valnontey pour nous, chose rare pour un samedi matin de février !

 

Les troupes sont plus motivées que jamais !

Nous avançons dans le vallon et constatons que les accumulations de neige sont parfois assez impressionnantes. Sous nos traces de pas qui s’enfoncent parfois profondément, de l’herbe ! Le début d’année a été terriblement sec en Italie comme nous avions pu le constater avec Jayson lors de notre venue à la mi-janvier. « Patri » se dévoile enfin, dans une glace d’un splendide bleu turquoise. Matthieu s’encorde avec Jayson et Martin tandis que je fais équipe avec Orane. Je m’élance dans le premier ressaut…et déchante rapidement ! La cascade est très humide, la glace se liquéfie par endroit. Les coups de piolet sonnent creux et l’ambiance est austère : de nombreuses petites coulées de neige fraîche donnent un caractère très alpin à cette belle classique d’ordinaire si parcourue. Notre corde à double se transforme en un tas de nœuds indescriptible et tandis que nous nous affairons avec Orane, la cordée de Matthieu reprend le commandement avec Jayson à l’attaque. C’est trempé, mais c’est beau et ça grimpe sur 45 m avec une petite traversée technique à la sortie. Au relais, nous mesurons la quantité de neige fraîche qui s’est déposée les jours précédents. Il faut « poser » ses piolets verticalement pour ne pas les perdre dans la poudreuse. Les spindrifts (petites coulées de neige fraîche) se poursuivent et nous décidons sagement de ne pas tenter le diable. Nous tirons un long rappel et une fois en sécurité, nous mangeons un morceau et nous débriefons sur les conditions rencontrées et les signaux d’alertes constatés. Le bulletin d’avalanche du jour faisait état de coulées de neige fraîche potentiellement importantes aux heures chaudes de la journée. Quelle n’est pas notre surprise de constater que plusieurs cordées arrivent alors, et s’élancent dans la cascade à partir 11h30. Cherchez l’erreur…

Les pentes chargées au-dessus de nos têtes nous conduisent à rebrousser chemin prudemment

 

Nous nous mettons alors en quête d’un support de travail à la fois protégé et suffisamment intéressant. Une belle plaque de glace verticale de 2m de haut par 5m de large fera notre bonheur. Au menu des réjouissances, des manips’ bien entendu, mais également de la technique de grimpe !

Parmi les manips de base, du brochage, les pieds par terre tout d’abord, puis pendu sur ses piolets et les crampons dans le raide… même avec les pieds à 50 cm du sol, ce n’est tout de suite plus la même affaire ! Nous poursuivons avec l’installation d’un relais sur broches avec couplage des points par de la cordelette…ce qui donne l’occasion de revoir le précieux nœud de pêcheur. Chacun s’entraîne également à construire des abalakovs, ou lunules de glace, permettant de redescendre en rappel sans relais équipé. Les questions s’enchaînent et Matthieu et moi tentons de satisfaire autant que possible la curiosité de chacun quant aux techniques utilisées et au matériel à privilégier.

Au menu des exercices de grimpe : travail du « swing », c’est à dire de la frappe du piolet, travail de la pose des pieds en crampons et surtout, exercices de rétablissements, toujours très délicats en cascade de glace. Jayson, particulièrement à l’aise, nous fera même une démonstration de rétablissement avec un seul piolet. Avis aux amateurs, une fois sur la glace vive, l’affaire n’est pas aussi débonnaire qu’il n’y paraît !

Nous regagnons la voiture après une heure de marche, retour dans un cadre à la fois impressionnant et féérique dans ce vallon de Valnontey enseveli sous la poudreuse. Dans le fond du vallon, les grands arbres cassés telles des allumettes par les avalanches nous rappellent la puissance des éléments qui nous entourent. Après nous être extasiés silencieusement devant la visite de courtoisie d’un chamois pas du tout effarouché par notre présence sur le sentier, nous faisons un crochet par le village de Lillaz afin de repérer les conditions pour le lendemain dans le vallon voisin. Ici aussi, les cascades semblent avoir disparu sous l’épais manteau blanc, et les volumes de neige semblent énormes.

Un autochtone vient poliment nous saluer à quelques mètres du sentier

Pour le samedi soir, Matthieu a réussi à trouver un hébergement très pratique, l’hôtel de la Mine. En dépit d’un nom particulièrement peu chaleureux, nous savourons avec plaisir l’ambiance et la convivialité à l’Italienne. Autour de quelques pintes de « birra rossa a la spinna », Martin nous révèle qu’il fêtera son anniversaire le lendemain ! Bigre, la pression monte parmi les encadrants afin d’élaborer un programme à la hauteur de l’évènement en dépit des conditions délicates.

Dimanche matin, le Val d'Aoste se réveille sous la neige

L’intérêt d’un site comme Cogne est que les possibilités de grimpe en cascade de glace sont quasiment infinies, et nous jetons notre dévolu sur une cascade qu’aucun d’entre nous n’avait eu le loisir de fréquenter jusqu’à présent : Lau Bij. L’avantage ? Cette cascade est peu fréquentée ce jour et sa situation la rend quasiment inatteignable par une avalanche. L’inconvénient ? C’est un grade 5, c’est raide, en glace béton, et peu voire pas tracé. Ça va faire chauffer les bras !

 

Le terrain de jeu du dimanche : un grand rideau de glace de 60 m de haut appelé Lau Bij

Justement, je m’explose les bras d’entrée de jeu dans le mur raide du départ…..aïe ! Je regrette déjà la tournée de grappa de la veille ! Après environ 40 m à frapper de la glace en béton armé, je viens buter sur un cigare fragile qui oppose des flûtes d’eau regelées particulièrement esthétiques mais très techniques et difficilement protégeables. L’itinéraire propose déjà un bel objectif pour les vaillants glaciéristes du Groupe Jeunes Alpinistes, je reviens donc quelques mètres en arrière et installe un solide relais sur broches afin de permettre à chacun de s’exprimer.

J'installe un relais sur broches à glace tandis que Jayson se prépare à me rejoindre

Chacun monte jusqu'au relais à tour de rôle. Martin s’emploie dans une grande longueur technique en traversée ascendante tandis qu’Orane opte pour un itinéraire plus direct mais également plus raide. Les avant-bras sont mis à rude épreuve mais chacun se donne au maximum et finit par atteindre le relais avec le sourire ! Jayson, qui a avalé la longueur à toute allure, a déjà jeté son dévolu sur un cigare encore plus raide et très esthétique. J’irai faire un tour dans cette superbe longueur mais force est de constater que l’aisance de Jayson est déconcertante !

Orane s'élance à son tour...ouch, ça fait mal aux bras !

 

Martin m'a rejoint au relais tandis qu'Orane en termine dans une belle ambiance verticale !

 

Jayson lorgne déjà sur le beau cigare de droite !

 

Matthieu se charge d'aller l'assurer en se faufilant derrière le magnifique rideau de glace

 

Jayson se régale dans le raide !

 

Un fois tout le monde redescendu au sol, nous échangeons sur les manips, les ancrages des relais et quelques astuces à connaître puis nous regagnons le village de Lillaz ou nous fêtons l’anniversaire de Martin au bar « La Cascata ». Une belle expérience pour tous partagée dans la bonne humeur malgré des conditions nivologiques contraignantes !

Alors Martin, c'est comment la cascade ?

 

Un peu tôt dans la saison, nous étions déjà venus avec Jayson nous frotter à quelques itinéraires sérieux. Pour rappel, Jayson a été sélectionné pour faire partie du Groupe Espoir Jeunes Alpinistes 74 à l’issue de sa participation dans le Groupe Jeunes Alpinistes du club. Il était donc opportun pour lui de tâter du glaçon avant les premières sorties afin de profiter des bonnes conditions du mois de janvier : les cascades étaient certes moyennement fournies mais les conditions nivologiques étaient très favorables, avec un risque de 1 sur 5 compte tenu des faibles quantités de neige tombées en Italie à cette période.

Sur place pendant trois jours, nous avons eu le loisir d'ouvrir la saison par Tuborg (version intégrale), une belle cascade de difficulté 4+/5 grimpée en 6 grandes longueurs.

Lancement de la saison 2019 dans Tuborg à la mi-janvier

 

Jayson en termine avec Tuborg

 

Puis nous avons grimpé le Cold Couloir le lendemain (version intégrale également), une cascade de difficulté 4+ qui remonte toute la face de la Punta del Rossin. Dans le langage du trail cette cascade rentrerait dans la catégorie des ultras. Au menu des réjouissances, 600 m d’escalade de cascade de glace puis 500 d’alpinisme dans la face, suivi d’une redescente alpine ou il faut trouver son chemin à pied au-dessus des barres rocheuses. Une superbe course d’ampleur achevée de nuit et qui nous aura laissé quelques courbatures !

Jayson pas du tout impressionné au pied du Cold Couloir

 

Quelque part dans le Cold Couloir...

 

Pour conclure ce beau séjour, nous avons grimpé Il Candelabro Del Coyote (version courte) ou nous nous contenterons des longueurs dures en 4/4+ et ferons l’impasse sur les ressauts plus faciles.

A l'assaut de la deuxième longueur raide de Candelabro Del Coyote

12 Copie

Bientôt les initiateurs n’arriveront plus à suivre, il y a du niveau dans le Groupe Jeunes Alpinistes ! Une fois encore, Matthieu a su constituer un excellent groupe à l’état d’esprit exemplaire. A l'unanimité des participants, vivement la prochaine session !

 

 

 

Club Alpin Français d'Annecy
17, rue du Mont Blanc
74000 ANNECY
Tél. 04 50 09 82 09
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Ouvert au public: le mercredi de 15h à 19h, le vendredi de
17h30 à 21h et le samedi de 10h à 12h

 

Le Parking est difficile...

N'utilisez pas les places des résidents de la copropriété

Dans les rues adjacentes, ne bloquez pas les entrées privées